Torsten Lehnert
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Effets du printemps
Il est une heure dans l'année,
Où tout ce qui vit veut jouir,
Où la vierge et la graminée
Ressentent le même désir.
La nature entière se pâme
Sous un baiser mystérieux
Et se mouille, comme une femme
Sous le vit du plus beau des Dieux.
Tout s'ouvre, le bouton de roses
Et celui des femmes aussi,
Et l'on peut se gaver de choses
Charmantes, sans dire merci.
Les chênes des forêts ombreuses
Lancent leurs glands sur les chemins,
Où les rustiques amoureuses
Les ramassent à pleines mains.
Les ramiers et les tourterelles
Se becquèrent avec fureur,
Devant les jeunes demoiselles
Qui les suivent d'un oeil rêveur.
L'air est plein d'odeurs spermatiques
QUi font bander les plus usés
Et font sortir de leurs boutiques
Les bourgeois les plus empesés.
Les uns vont au bordel, les autres
Grimpent les femmes des voisins
Et de Priape, heureux apôtres,
Vendangent leurs divins raisins.
Le roi fout la reine - ou son page
Le vieillard fout sa bonne - un peu
Darthenay fout Alice Page,
Et le pauvre fout ce qu'il peut!...
Les marbres de nos tuileries
Eux-mêmes se sentent atteints
Par toutes ces galanteries
Que nous débitons aux putains.
On voit sous les feuilles de vigne
Que leur impose la pudeur,
S'agiter de gros membres dignes,
D'admiration - ou d'horreur.
Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez Monsieur Millan
S'enflent d'elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.
Ah ! la belle heure, quand j'y pense !
On mettrait une flotte à flot
Avec le foutre qu'on dépense
Tant que résonne son grelot !
Alfred Delveau (1825 - 1867)
Anthologie de la poésie érotique - Pierre Perret



